Les applications de rencontre ont transformé la façon dont les gens se rencontrent. Quelques mouvements du pouce et vous discutez avec quelqu'un de l'autre bout de la ville, ou de l'autre bout du pays. Tinder a ouvert la voie, accumulant des milliards de balayages par jour à son apogée. La question évidente : tous ces rapprochements ont-ils aussi fait grimper les taux d'ITS au Canada ?
Tinder ne publie pas de statistiques sur les aventures sans lendemain, et encore moins sur qui a transmis quoi à qui, mais nous pouvons rassembler des données publiques pour en tirer une inférence raisonnable. Nous nous concentrerons sur les personnes de moins de 30 ans, puisqu'elles sont à la fois les plus grandes utilisatrices des applications (60 % des utilisateurs de Tinder ont moins de 35 ans) et les plus touchées par les ITS.
L'essor de Tinder
Tinder a été lancée en 2012, mais a réellement atteint une adoption grand public en 2014. Voici les taux des trois ITS les plus courantes au Canada, tels que rapportés par l'Agence de la santé publique du Canada.
[Image intégrée : Taux d’ITS au Canada de 2010 à 2019]
Les taux commencent clairement à grimper vers 2014. L'affaire semble réglée, non ? Pas tout à fait. Corrélation n'est pas causalité, et quelques autres facteurs pourraient être en cause.
L'explication simple est que les gens ont des relations sexuelles avec un plus grand nombre de partenaires. Mais les mêmes chiffres peuvent apparaître si les gens ont des relations sexuelles avec le même nombre de partenaires tout en étant moins constants dans l'utilisation du condom. Ou si le dépistage des ITS et la surveillance se sont améliorés, détectant des infections qui passaient autrefois inaperçues.
Tinder n'a probablement pas changé les habitudes liées au condom ni la façon dont l'Agence de la santé publique du Canada comptabilise les cas. La véritable question est donc de savoir si les gens ont réellement plus de partenaires.
Mais 30 % des jeunes hommes ne sont-ils pas vierges aujourd'hui ?
Vous avez probablement vu le graphique : la proportion de jeunes hommes vierges est passée de 8 % en 2008 à 27 % en 2018.
[Image intégrée : La virginité masculine en hausse]
Alors quel récit est exact ? Les jeunes ont-ils moins de relations sexuelles, ou Tinder, Grindr et Bumble ont-ils alimenté un boom des aventures sans lendemain ? En examinant les données de plus près, ce chiffre vedette de 27 % devient moins impressionnant. L'augmentation est presque entièrement attribuable aux 18 à 20 ans, qui commencent tout simplement plus tard. Après 25 ans, la proportion d'hommes encore vierges est demeurée assez stable, sous les 10 %. DatePsych propose une analyse approfondie si vous voulez le détail complet.
[Image intégrée : La virginité masculine selon l’âge]
Et qu'en est-il des personnes sexuellement actives ? La chlamydia a augmenté le plus rapidement chez les 15 à 19 ans, alors le milieu universitaire est un bon endroit où regarder, particulièrement la vie des fraternités et sororités, que Tinder a fortement ciblée lors de son lancement.
Tinder et la vie des fraternités
Une étude portant sur plus d'un million d'étudiants universitaires américains de 2012 à 2016 a révélé qu'après l'arrivée de Tinder, les étudiants affiliés aux fraternités et sororités ont rapporté une augmentation de 6,3 % du nombre de partenaires sexuels. Cela semble considérable. Mais la même étude a constaté que Tinder n'a fait augmenter les ITS et les grossesses non planifiées rapportées que de 0,2 %.
Même dans un groupe où l'on s'attendrait à ce que Tinder ait des effets démesurés, l'incidence sur les taux d'ITS était minime. Cela est logique : les campus sont déjà de petits mondes sociaux denses, et les étudiants ont surtout des aventures avec des personnes qu'ils auraient rencontrées de toute façon. Le bassin de rencontres reste en grande partie local.
Relier des réseaux sociaux distincts
Qu'en est-il des personnes qui ne sont plus aux études ? En examinant les données de la General Social Survey de 2021, 88 % des répondants n'avaient eu aucun partenaire sexuel ou un seul partenaire dans toute l'année.
[Image intégrée : Partenaires sexuels 2021, âge 26 à 30 ans]
Ainsi, contrairement au récit culturel, Tinder ne semble pas avoir beaucoup changé le nombre moyen de partenaires sexuels. Ce qu'elle a fait, c'est relier des cercles sociaux qui ne se seraient pas croisés auparavant, permettant aux gens d'avoir des aventures bien au-delà de leurs réseaux immédiats.
[Image intégrée : Cercles sociaux disparates]
Alors, est-ce Tinder qui en est responsable ?
Les rencontres en ligne ont transformé la façon dont les gens se rencontrent, et Tinder est la part la plus visible de ce changement. Son essor coïncide parfaitement avec la montée des taux de chlamydia et de gonorrhée, mais les données racontent une histoire plus intéressante que « les balayages ont causé tout cela ».
La plupart des gens, même en 2021, rapportent peu de partenaires sexuels. Les groupes où Tinder a augmenté de façon mesurable le nombre de partenaires (comme les étudiants affiliés aux fraternités et sororités) n'ont montré presque aucune hausse correspondante des ITS. La personne moyenne n'a pas plus de relations sexuelles à cause de Tinder.
Ce qui semble compter, c'est le brassage de réseaux sociaux auparavant distincts, conjugué à une utilisation irrégulière du condom et à une meilleure surveillance qui détecte des infections autrefois manquées. Tinder n'est pas la cause, mais elle est un ingrédient dans un tableau plus complexe.
Dépistage et traitement des ITS